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Une éclipse, des risques ?

Une éclipse, des risques ?

Éclipse solaire du 12 août 2026 : pour bien l’observer, mieux vaut garder les pieds sur terre.

Le mercredi 12 août 2026, une éclipse solaire sera visible depuis toute la France hexagonale. Le phénomène se produira en début de soirée, alors que le Soleil sera déjà bas sur l’horizon. L’éclipse restera partielle en France, mais elle sera particulièrement importante dans le Sud-Ouest. La bande de totalité traversera notamment le Groenland, l’Islande et le nord de l’Espagne.

Un beau spectacle en perspective, à condition de l’observer avec les protections appropriées… et de ne pas transformer l’occasion en mission aérienne improvisée.

Qu’est-ce qu’une éclipse solaire ?

Une éclipse solaire se produit lorsque la Lune passe entre la Terre et le Soleil. Par une heureuse coïncidence, le Soleil et la Lune présentent dans notre ciel des diamètres apparents voisins, bien que le Soleil soit en réalité environ 400 fois plus grand et 400 fois plus éloigné.

Lorsque l’alignement se produit, la Lune masque tout ou partie du disque solaire :

- l’éclipse est « totale » lorsque le Soleil est entièrement occulté ;

- elle est « annulaire » lorsqu’un anneau lumineux demeure visible autour de la Lune ;

- elle est « partielle » lorsqu’une partie seulement du Soleil est masquée.

Le 12 août, les observateurs situés en France verront une éclipse partielle.

Son aspect, ses horaires et son degré d’occultation dépendront du lieu d’observation.

L’application ÉclipSEOP de l’Observatoire de Paris permet de connaître les circonstances précises pour chaque localité : début de l’éclipse, maximum, hauteur du Soleil, azimut et heure de son coucher. Les horaires qu’elle affiche sont en UTC ; en France métropolitaine, il faudra ajouter deux heures.

Y-compris au sol, regarder le Soleil n’est jamais anodin

Le fait qu’une grande partie du Soleil soit cachée ne rend pas son observation directe moins dangereuse. Le rayonnement restant peut provoquer une brûlure de la rétine, parfois sans douleur immédiate. Les lésions peuvent n’être ressenties que plusieurs heures après l’exposition et se révéler irréversibles.

Pour regarder directement l’éclipse, il faut impérativement utiliser des lunettes spécialement conçues pour l’observation solaire, conformes à la norme ISO 12312-2, portant le marquage CE et ne présentant ni rayure, ni trou, ni décollement du filtre.

Ne conviennent pas :

- les lunettes de soleil, même très foncées ;

- les verres fumés ou noircis ;

- les films photographiques ou radiologiques ;

- les CD, plastiques teintés ou autres protections improvisées ;

- d’anciennes lunettes dont l’état et la provenance ne peuvent pas être garantis.

Il ne faut jamais regarder le Soleil avec des jumelles, une longue-vue, un appareil photographique, une caméra ou un télescope dépourvu d’un filtre solaire adapté placé à l’avant de l’instrument. Un système optique concentre le rayonnement et peut provoquer presque instantanément une lésion grave de l’œil, tout en endommageant le matériel.

Une autre solution consiste à observer indirectement l’image du Soleil par projection, par exemple à l’aide d’un simple sténopé : un petit trou pratiqué dans un carton projette l’image du Soleil sur une seconde surface. Cette méthode permet de suivre l’éclipse sans regarder directement l’astre.

Les enfants devront naturellement rester sous la surveillance constante d’un adulte.

Et si nous allions voir l’éclipse en avion ?

L’idée peut sembler séduisante. Prendre un peu de hauteur permettrait peut-être de passer au-dessus d’une couche nuageuse ou de disposer d’un horizon plus dégagé. Pourtant, à moins de mettre en œuvre des moyens exceptionnels — aéronef adapté, équipage spécifiquement organisé, mission préparée, dispositifs optiques professionnels et répartition rigoureuse des tâches, une observation aérienne pose davantage de problèmes qu’elle n’apporte d’avantages.

Dans un aéronef léger, le pilote doit piloter, surveiller la trajectoire, maintenir les références extérieures, assurer l’anti-abordage, suivre la navigation, écouter la radio et gérer ses passagers. Il ne peut pas, en même temps, chausser des lunettes d’éclipse extrêmement opaques et participer à l’observation.

Ces lunettes ne doivent évidemment jamais être portées pour piloter : elles rendent pratiquement invisible tout ce qui n’est pas le disque solaire.

Même pour les passagers, l’observation depuis la cabine présente plusieurs inconvénients :

- le pare-brise ou la verrière ne sont pas neutres ;

- les montants, ailes, haubans ou éléments de structure peuvent masquer le Soleil ;

- les reflets sur la verrière peuvent gêner l’observation ;

- suivre le Soleil peut conduire les passagers à se pencher, se retourner ou interférer avec les commandes ;

- le pilote peut être tenté de modifier son cap, son inclinaison ou son altitude pour offrir une meilleure vue ;

- l’attention portée au phénomène peut réduire la surveillance des trafics environnants ;

- l’utilisation d’appareils photographiques ou de jumelles ajoute des risques oculaires si ces équipements ne disposent pas de filtres appropriés de plus ils constituent un encombrement dans un aéronef léger ;

- la faible hauteur du Soleil sur l’horizon limite l’intérêt du gain d’altitude ;

- une couche nuageuse élevée, de la brume ou des nuages sur l’horizon peuvent malgré tout masquer le phénomène ;

- d’autres équipages peuvent avoir la même idée et accroître localement la densité de trafic et le risque de collision.

En pratique, sauf opération spécifiquement organisée, l’aéronef léger est donc un observatoire assez médiocre. Le pilote ne pourra pas profiter du spectacle, tandis que les passagers ne bénéficieront pas de meilleures conditions qu’au sol, sur un promontoire par exemple.

Une modification inhabituelle de l’environnement visuel

Au-delà de l’observation du Soleil lui-même, l’éclipse modifiera progressivement l’ambiance lumineuse. La diminution de la luminosité pourra être particulièrement sensible dans les régions où l’occultation sera la plus importante.

L’œil devra s’adapter à une lumière plus faible, à des contrastes inhabituels et à une modification de la perception des couleurs. Les reliefs, l’horizon, les zones boisées, les plans d’eau, les obstacles et les autres aéronefs pourront devenir plus difficiles à distinguer. Cette évolution ne sera pas forcément spectaculaire ni immédiatement perçue par un pilote concentré sur d’autres tâches.

Or l’éclipse se produira précisément en fin de journée, avec un Soleil déjà bas. Ses effets pourront donc se combiner avec :

- l’éblouissement d’un Soleil rasant ;

- les ombres allongées ;

- la diminution naturelle de la luminosité ;

- la dégradation des contrastes ;

- la présence possible de brume ou de nuages sur l’horizon ;

- l’approche du coucher du Soleil ;

- la nécessité de rejoindre le terrain avant que les conditions ne deviennent incompatibles avec le vol prévu et l’aéronef utilisé.

Une attention particulière devra être portée à la préparation du retour. Il ne suffit pas de prévoir une arrivée « à peu près au coucher du Soleil ». Une attente, un déroutement, un vent contraire, une piste momentanément indisponible ou une erreur de navigation peuvent rapidement consommer la marge disponible

Tous les pilotes ne disposent pas d’une qualification leur permettant de voler de nuit et tous les aéronefs ne sont pas aptes ou équipés pour le VFR de nuit. L’aptitude de l’aéronef doit notamment être établie et les équipements réglementaires correspondants doivent être présents et opérationnels.

Il faut également tenir compte des conditions d’utilisation de l’aérodrome : horaires d’ouverture, balisage, restrictions locales, disponibilité du service d’information ou de contrôle, avitaillement et possibilités de déroutement.

Pour les pilotes : une règle simple

L’éclipse ne devrait pas être l’objectif principal du vol.

Si un vol est néanmoins prévu dans la tranche horaire :

- déterminez précisément les horaires de l’éclipse et du coucher du Soleil sur votre route et à destination ;

- conservez une marge confortable pour le retour ;

- vérifiez l’aptitude de l’aéronef et vos privilèges ;

- consultez la météo, les NOTAM et les consignes locales ;

- briefez les passagers sur la protection des yeux et sur l’interdiction de gêner les commandes ;

- ne modifiez pas la trajectoire pour satisfaire une demande d’observation ou de photographie ;

- restez particulièrement vigilant à la surveillance extérieure et au trafic ;

- renoncez sans hésitation si les conditions visuelles ou la marge temporelle se dégradent.

Si vous voulez observer l’éclipse, le meilleur programme est le plus simple : poser l’aéronef suffisamment tôt, rejoindre un lieu offrant une vue bien dégagée, sortir des lunettes adaptées et profiter tranquillement du spectacle.

Pour compléter ces recommandations, consultez le document publié par la Fédération française aéronautique :

« Une éclipse solaire est un événement rare. Pour en garder un bon souvenir, protégeons nos yeux… et en vol, ne laissons jamais le spectacle prendre le pas sur la conduite du vol. »

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